Témoignage

Témoignage : une Pmette face à « l’infertilité inexpliquée »

Bonjour Super L. peux-tu te présenter ?

Je suis Luce, 28 ans, en couple avec Aurélien, 32 ans. Ensemble depuis 4 ans et demi avec des projets d’union mais non arrêtés. J’étais auxiliaire de puériculture jusqu’à début septembre dernier. Je m’occupais d’enfants de 0 à 18 ans. J’ai travaillé en crèche et en services pédiatriques. Depuis septembre, je suis en école pour devenir infirmière : c’est un parcours sur 3 ans. Mon conjoint, Super A, est fonctionnaire territorial à Lyon, où nous vivons.

Peux-tu nous parler de ton parcours de PMA ?

couple fiv pma disputeC’est mon homme qui a eu en premier le désir d’enfant. Il l’a formulé pour notre premier anniversaire, il y a 3 ans et demi. A l’époque, je prenais la pilule. Je l’ai donc arrêtée, en sachant que je ne tomberais pas enceinte immédiatement. Petit à petit, l’idée de devenir maman m’a renvoyé à beaucoup de choses : ma relation mère-fille, ma projection dans ma vie de maman, l’éducation que je souhaite donner à mes enfants (valeurs, croyances, environnement… etc.) ; mais aussi à mes responsabilités d’adultes : faire des choix, s’organiser autrement, mon estime… Les mois ont passé, nous nous sommes interrogés, remis en question… Ce qui a généré du stress, de l’incompréhension, des engueulades. Mais surtout nous nous sommes beaucoup renseignés : test d’ovulation, vitamine B9, le cycle menstruel, les recettes de grands-mères pour favoriser la grossesse. Et comment « ne pas y penser » ? Nous sommes rythmés par le désir de fonder notre famille, par les cycles… Alors c’est bien plus facile à dire qu’à faire ! 

Au bout d’un an, rien n’avait bougé… Pas une once de début de grossesse… Je suis donc allée voir mon gynécologue, je lui ai expliqué notre cas et il m’a dit de prendre rendez-vous avec sa consœur, spécialiste de l’infertilité. Le rendez-vous était pour la semaine suivante. Je ne pensais pas que ça irait si vite… Nous avons expliqué notre situation et la gynéco nous a demandé nos antécédents de santé. Il s’avère que nos parents, des deux côtés, ont eu du « mal à nous avoir ». Elle nous a prescrit une batterie de tests : hystérosalpingographie, sérologies pour nous deux, spermogrammes. De « gros mots » et surtout aucune prise en considération de tout ce à quoi cela peut nous renvoyer… Lors de mon hystérosalpingographie, je me suis entendue dire « la mécanique est parfaite ». C’est d’ailleurs pour cela que nous n’arrivons pas avoir d’enfant…

docteur pma fiv fecondation in vitroQuant à mon homme, il faut savoir qu’il a « mis enceinte » deux femmes différentes mais elles ont avorté. Les examens ont montré entre autres que ses spermatozoïdes n’étaient ni amorphes ni très vifs. Donc nous nous sommes entendus dire que « ce n’était qu’une question de temps, que la nature prenait son temps ». Première claque pour nous car nous demandions de l’aide et au lieu de cela nous nous retrouvions à entendre des phrases incisives nous remettant face à notre impuissance. D’après nos résultats, le médecin a décidé de partir sur des stimulations simples : piqûres tous les jours avec contrôles pour savoir comment je réagissais au traitement et provocation de l’ovulation. Pour cela il fallait appeler le premier jour des règles ce que j’ai donc fait. Malheureusement le médecin était en vacances et personne dans le cabinet ne pouvait me faire une échographie endopelvienne et lancer le traitement. Je ne vous raconte pas l’état dans lequel j’étais, je me suis retrouvée effondrée, à devoir attendre un mois supplémentaire pour cause d’agenda, UN MOIS ! C’était trop, impossible… Mais j’étais obligée d’attendre…

Nous avons donc lancé le premier cycle avec stimulation en décembre 2016. J’ai énormément réagi aux hormones malgré une faible dose (37.5 de Menopur). En plus, nous déménagions à la même période et au travail c’était compliqué. D’une part parce que je travaillais avec des tous petits (j’étais en crèche). D’autre part, parce que ma supérieure n’a pas apprécié mes absences bien que je lui ai expliqué pourquoi je devais m’absenter et surtout qu’elle n’avait pas le droit de me l’interdire (loi PMA). J’ai fait cela avec beaucoup de diplomatie car je n’étais pas en position de force. Elle m’a dit « et tu ne peux pas faire autrement ? ». Cette partie de l’histoire m’amène à vous dire que j’ai eu une rupture conventionnelle 8 mois plus tard sinon c’était les prud’hommes…

J’ai énormément réagi aux hormones, assez pour faire des kystes aux ovaires… Nous avons donc laissé passer des cycles pour les évacuer naturellement car je ne supporte pas le Duphaston. J’ai également commencé des cycles avec stimulations que nous avons dues arrêtés. La clinique où nous étions ne nous correspondait plus, la confiance n’était pas présente et l’équipe de médecins n’était ni à l’écoute et ni bienveillante. Nous avions l’impression d’être un compte en banque…

C’est donc après un été de pause que nous sommes allés à la clinique près de chez nous, et que nous avons repris notre parcours de PMA. Cela fait maintenant un an : nous avons une équipe très à l’écoute, nous pouvons les appeler à n’importe quel moment du cycle. Nous avons un médecin référent et nous rencontrons ses confrères avec qui le dialogue est toujours possible. Cela n’a pas été facile pour nous de « repartir à zéro », de devoir faire confiance et surtout de se confronter à cette impossibilité d’être parents naturellement. Nous en sommes aujourd’hui à notre dernière possibilité de stimulation simple, si ce cycle ne fonctionne pas nous passerons à l’étape de la FIV.

Au-delà de la prise en charge médicale, nous avons rencontré un acupuncteur. J’ai également fait de l’haptonomie et je vais voir une ostéopathe régulièrement. Ces médecines parallèles sont pour moi complémentaires et surtout me font du bien de manière générale. Sur un plan psychologique, pour d’autres raisons à l’origine, je vois une psychiatre pour une simple thérapie.

Le fait que votre infertilité soit inexpliquée rend-il le parcours plus compliqué pour vous ? 

Notre infertilité est inexpliquée. De ce fait, elle ne relève pas forcément de la médecine, c’est juste dame nature qui est capricieuse, dirons-nous. Et c’est difficile à admettre car nous ne pouvons pas nous en remettre à une cause précise. La seconde chose difficile c’est de voir les enfants des autres et toutes les copines qui vont devenir mamans. Et ces copines précisément qui ont arrêté la pilule le mois précédent… Certaines avortent et se sont confiées à moi. Tous ces exemples nous renvoient à de l’injustice et de la colère.

question pma fiv famille fecondation in vitroDe plus, il y a la famille qui se pose des questions sur notre avenir de couple : mariage et enfants ? Pour ma part, dans ma famille cela était difficile et douloureux d’aborder le sujet. Aujourd’hui c’est plus simple et surtout sécurisant. Dans la famille de mon conjoint, il n’y a eu que bienveillance et douceur. Les amis proches sont bien sûr au courant mais ne sont pas dans la même optique de vie et donc c’est difficile d’expliquer pourquoi nous buvons peu d’alcool, nous sortons moins… Nous avons eu une phase très fusionnelle avec Aurélien au début des essais bébé. Puis la médecine a mis son grain de sel et cela a compliqué nos rapports : pas les mêmes questions, cela se passe dans mon corps non dans le sien, les effets secondaires, les rapports sexuels plus ou moins dictés, cela a cassé notre couple pendant quelques temps. J’entends par là que nous ne vivions que sur ce rythme-là et qu’autour de cela, le projet bébé. Aurélien se voit vieillir et voudrait être présent et physiquement en forme pour s’occuper de ses enfants. Nos parents aussi vieillissent ce qui crée une nouvelle angoisse : et si nos enfants ne connaissaient pas leurs grands-parents ?

amour couple fiv pma inseminationLa vraie difficulté c’est que nous nous sentons seuls face à ce combat, nous avons beau en parler (ce qui est déjà difficile en soi), cela ne change rien au protocole médical, aux règles qui arrivent, aux piqûres, aux rendez-vous médicaux, à mon corps, au sien, à la culpabilité… Et comme nous nous sentons seuls, il y a une question que nous nous sommes réellement posés : si nous n’avons pas d’enfants ensemble, est ce que tu me quitteras ? Est-ce que tu m’aimeras encore ? Finalement, nous en arrivons à être réduits au pouvoir de procréation. J’aime mon conjoint sans qu’il soit le père de mes enfants et inversement, de ce fait, cela ne changera pas notre couple. Et ce n’est pas pour cette raison que nous nous quitterons. C’est d’ailleurs pour cela que je reprends mes études, notre vie ne doit pas s’arrêter à cette bataille. Nous devons construire d’autres choses, avancer, mûrir et notre petit bout arrivera. Nous en sommes persuadés.

Quels conseils donnerais-tu aux Pmettes ?

Avec le recul et toutes les batailles que j’ai menées, car la PMA ce n’est pas qu’un seul combat… C’est d’abord se confronter à soi-même, à son conjoint, à son couple, demander de l’aide, être spectateur de la réussite des autres, régler également ses problèmes personnels, rencontrer aussi des personnes malveillantes… Je peux dire que je suis fière. En trois ans et demi, nous avons mûris, nous nous sommes renforcés, nous avons une complicité que peu ont. J’ai une totale confiance dans mon couple et beaucoup plus en moi. Donc les Pmettes, même si ce n’est pas facile, même si on ne voit pas le bout du tunnel, chaque jour est un pas vers la victoire. Nous en sortons plus grands, plus forts. J’ai appris à relativiser, à m’en remettre à demain. Je ne dis pas que c’est facile mais je pense sincèrement que comme pour un deuil nous sommes obligés de passer par plusieurs étapes.

De plus, nous avons fait le tri dans nos vies de manière générale : nous nous arrêtons moins sur des futilités, nos amis sont sincères et les tabous sont levés, sur plein de sujets. Nous avons su trouver la force en nous : notre force c’est de ne pas se laisser abattre et pouvoir se dire que nous avons tout fait pour réussir. Nous nous construisons chaque jour. Pouvoir compter sur Aurélien est une force, je ne l’ai pas précisé mais il a été présent à presque tous nos rendez-vous, même les simples échographies du premier cycle et il a toujours été acteur dans le combat.

yoga se ressourcer pma fivCe qui me fait du bien c’est de prendre le temps de décompresser, penser à autre chose : je lis, je fais du sport. Nous nous octroyons des pauses : chacun de son côté pendant quelques jours. Depuis peu, j’ai découvert le hatha yoga qui est pour moi un moment de relâchement complet physique et psychique. Aujourd’hui je pense que j’aurais peut-être besoin d’un groupe de parole, ou une « préparation » pour dire à quoi la PMA va nous confronter car nous ne sommes pas prêts à vivre ces moments d’ascenseurs émotionnels… Et surtout laisser la place aux hommes car j’ai mis du temps à me mettre à sa place, à imaginer en quoi lui pouvait avoir l’impression d’échouer, et ils ont une place toute aussi importante que la nôtre dans ce combat.

Merci Super L. pour ce témoignage riche et plein de sincérité. Je vous souhaite à tous les deux de continuer votre chemin ensemble et de fonder votre famille très bientôt !

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